E951 — edulcorant
Aspartame (E951)
L'aspartame (E951) porte une DJA inchangée depuis 2013, confirmée par deux agences internationales — et une classification 2023 du CIRC comme « peut-être cancérogène ». Les deux ne se contredisent pas : ils ne mesurent pas la même chose.
Une DJA confirmée deux fois, à dix ans d'écart
L'EFSA a mené en 2013 une réévaluation complète de l'aspartame et a confirmé la dose journalière admissible à 40 mg/kg de poids corporel/jour. En 2023, le JECFA (comité mixte d'experts FAO/OMS sur les additifs alimentaires) a reconfirmé cette même DJA, en concluant que les données épidémiologiques disponibles n'étaient pas jugées suffisamment convaincantes pour établir un lien de causalité avec le cancer.
La classification du CIRC en 2023 : une autre question posée
La même année, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence de l'OMS distincte du JECFA, a classé l'aspartame dans le groupe 2B (« peut-être cancérogène pour l'homme »), sur la base de données jugées limitées concernant le carcinome hépatocellulaire.
Ce qu'il faut comprendre, c'est que le CIRC et le JECFA/l'EFSA ne répondent pas à la même question. Le CIRC évalue le danger : la substance est-elle capable, en théorie, de causer un cancer dans une forme d'exposition quelconque, aussi rare soit-elle ? Le JECFA et l'EFSA évaluent le risque : à quelle dose une personne y est-elle réellement exposée dans son alimentation, et cette exposition dépasse-t-elle un seuil préoccupant ? Le groupe 2B du CIRC regroupe ainsi des substances aussi diverses que l'aloe vera ou les légumes marinés — un classement de danger théorique, pas une mesure de risque au quotidien.
Ce que ça signifie concrètement
À la dose journalière admissible de 40 mg/kg, une personne de 60 kg pourrait consommer l'équivalent de plusieurs dizaines de canettes de soda light par jour avant d'atteindre le seuil. Les deux évaluations (CIRC d'un côté, EFSA/JECFA de l'autre) coexistent sans que l'une invalide l'autre : elles mesurent des choses différentes.
Statut réglementaire
Union européenne
Règlement (CE) n°1333/2008 — réévaluation complète EFSA en 2013
- DJA maintenue
- 40 mg/kg de poids corporel/jour, confirmée par l'EFSA en 2013 puis par le JECFA (comité mixte FAO/OMS) en 2023
- Classification CIRC 2023
- Le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer, OMS) a classé l'aspartame comme « peut-être cancérogène pour l'homme » (groupe 2B) en 2023, sur la base de données jugées limitées
France
Application directe du règlement européen
- Mesure nationale distincte
- Aucune identifiée
Données toxicologiques (EFSA)
Dose journalière admissible
Cette DJA a été confirmée par l'EFSA en 2013 après réévaluation complète, puis reconfirmée par le JECFA en 2023 malgré la classification du CIRC. Le CIRC évalue le danger potentiel (la substance peut-elle en théorie causer un cancer, sous une forme d'exposition quelconque), tandis que l'EFSA et le JECFA évaluent le risque réel aux niveaux d'exposition alimentaire observés — les deux conclusions ne sont pas contradictoires, elles répondent à deux questions différentes.
Avis 2013-12-10 — EFSA Journal 2013;11(12):3496 — réévaluation de l'aspartame (E951)
Questions fréquentes
L'aspartame est-il cancérogène ?
Le CIRC (OMS) l'a classé en 2023 comme « peut-être cancérogène » (groupe 2B), sur la base de données jugées limitées. Le JECFA (FAO/OMS) et l'EFSA ont, la même année et l'année précédente, maintenu la dose journalière admissible à 40 mg/kg de poids corporel/jour, jugeant les preuves épidémiologiques insuffisantes pour établir un lien de causalité aux niveaux d'exposition alimentaire réels.
Pourquoi le CIRC et l'EFSA arrivent-ils à des conclusions différentes ?
Ils ne répondent pas à la même question : le CIRC évalue si une substance peut en théorie représenter un danger, sous une forme d'exposition quelconque ; l'EFSA et le JECFA évaluent le risque réel aux doses effectivement consommées dans l'alimentation.