E171 — colorant
Dioxyde de titane (E171)
Le E171 (dioxyde de titane) est aujourd'hui interdit comme additif alimentaire dans toute l'Union européenne. Mais cette interdiction n'est arrivée qu'en 2022 — la France, elle, l'avait déjà suspendu depuis le 1er janvier 2020. Ce délai de plus de deux ans raconte à lui seul l'histoire de cet additif : une alerte nationale précoce, suivie d'une confirmation scientifique européenne plus tardive.
Une interdiction française en avance de deux ans
La France a suspendu la commercialisation des denrées contenant du E171 dès le 1er janvier 2020, par arrêté ministériel invoquant le principe de précaution. Cette décision faisait suite à un avis de l'ANSES publié en 2019, qui pointait une incertitude sur la toxicité orale du dioxyde de titane sans pouvoir la lever avec les données alors disponibles.
À ce moment-là, le E171 restait pourtant autorisé partout ailleurs dans l'Union européenne. La France agissait seule, sur la base de son évaluation nationale.
L'avis de l'EFSA qui a changé la donne au niveau européen
Il a fallu attendre le 6 mai 2021 pour que l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) publie sa propre réévaluation (EFSA Journal 2021;19(5):6585). Sa conclusion a rejoint celle de la France, mais pour une raison précise et plus grave qu'un simple principe de précaution : le panel d'experts n'a pas pu exclure un risque de génotoxicité des particules de dioxyde de titane, notamment sous forme nanométrique. Un additif dont on ne peut pas exclure qu'il endommage l'ADN ne peut, par définition, se voir attribuer une dose journalière admissible (DJA) — l'EFSA n'en a donc fixé aucune, pas une DJA basse.
Sur cette base, l'additif a été retiré des annexes du règlement (CE) n°1333/2008 par le règlement (UE) 2022/63, adopté le 14 janvier 2022. Mais entre l'adoption du texte et son entrée en application, il s'est encore écoulé plusieurs mois : l'interdiction n'est devenue effective dans toute l'UE que le 7 août 2022 — soit deux ans et sept mois après la décision française.
Ce que ça signifie concrètement aujourd'hui
Le E171 est interdit à la fois en France et dans le reste de l'Union européenne depuis août 2022. Avant son interdiction, il était utilisé principalement comme colorant blanc opacifiant dans la confiserie, les chewing-gums et la décoration de pâtisserie, à dose non limitée (quantum satis) — il ne servait pas de conservateur ni n'avait de fonction autre que visuelle.
Statut réglementaire
Union européenne
Règlement (UE) 2022/63 de la Commission du 14 janvier 2022
- Retiré des annexes
- II et III du règlement (CE) n°1333/2008
- Délai adoption -> application
- Adopté le 14 janvier 2022, applicable seulement le 7 août 2022
France
Arrêté ministériel pris au titre du principe de précaution, suite à l'avis ANSES de 2019
- Antériorité vs UE
- Interdiction française plus de deux ans avant l'interdiction européenne
- Reconduction
- Suspension nationale reconduite annuellement depuis 2020
Catégories où il était autorisé avant interdiction
- confiserie, chewing-gum, décoration de pâtisserie — dose max : quantum_satis
Données toxicologiques (EFSA)
Dose journalière admissible
L'EFSA n'a pas pu établir de dose journalière admissible : le panel d'experts n'a pas pu exclure un risque de génotoxicité des particules de TiO2, ce qui rend la fixation d'une DJA impossible plutôt que simplement basse.
Avis 2021-05-06 — EFSA Journal 2021;19(5):6585
Contexte français (ANSES)
L'ANSES a rendu en 2019 un avis pointant l'incertitude sur la toxicité orale du E171, ce qui a conduit le gouvernement français à suspendre sa commercialisation dès le 1er janvier 2020 au nom du principe de précaution, sans attendre une décision européenne.
Source ANSES — 2019-04-01
Questions fréquentes
Le E171 est-il encore autorisé en France ou en Europe ?
Non. Il est interdit dans toute l'Union européenne depuis le 7 août 2022 (règlement (UE) 2022/63), après avoir déjà été suspendu en France depuis le 1er janvier 2020.
Pourquoi la France a-t-elle interdit le E171 avant le reste de l'Europe ?
Sur la base d'un avis de l'ANSES de 2019 signalant une incertitude sur la toxicité orale du dioxyde de titane, la France a appliqué le principe de précaution dès janvier 2020, sans attendre la réévaluation européenne qui n'est arrivée qu'en mai 2021.
Une dose journalière admissible (DJA) a-t-elle été fixée pour le E171 ?
Non, et ce n'est pas parce que le risque a été jugé faible : l'EFSA n'a pas pu exclure un risque de génotoxicité des particules de dioxyde de titane, ce qui rend impossible la fixation d'une DJA plutôt que de justifier une DJA basse.